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- COMÉDIEN, AUTEUR et METTEUR EN SCÈNE -

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BIENVENUE SUR LE SITE OFFICIEL DE PHILIPPE CAUBÈRE

Article de Philippe Caubère dans le magazine Causeur.

Viva La Corrida !

Viva La Corrida !

Article de Philippe Caubère dans le magazine Causeur.
 

Et voilà ! C'est -encore une fois- la droite qui fait le boulot ! Comme l'a si justement pensé et écrit Alain Finkielkraut : je ne suis plus de gauche puisque je le suis. En effet, ça devient de plus en plus dur de le rester. Même -pour ce qui me concerne- quand on l’est encore. Sur ce sujet, par exemple ; parmi les autres. La gauche intellectuelle, communiste, anarchiste, socialiste (heu, ça pas sûr...) devrait soutenir à fond la corrida. Pourquoi ? Pour Picasso au moins, Goya en plus, Cocteau, Michel Leyris, Georges Bataille, Hemingway, tant et tant d'autres. Même Jean Cau (oui, oui : le secrétaire de Jean-Paul Sartre ; pour celles et ceux trop jeunes pour le savoir ou si vieux qu’ils l’auraient oublié…) Ou Montherlant, parce que les opinions politiques de ces espèces rares que sont les génies de l’art n’ont aucune espèce d’importance. Le bien qu’ils nous font mérite bien le mal qu’ils se sont fait. Et même celui qu’ils ont pu faire à d’autres ! Voir Genet, Brecht, Aragon, Sartre et Beauvoir. Tant d’autres encore. Quelles pouvaient bien être, au fait, les opinions politiques de Shakespeare ou du Caravage ?

 

Cette extraordinaire couverture de journal, en tous cas, devrait être celle de l’Obs, de l’Express, de Marianne ou du Point. Sinon de Paris-Match. Et bien non, c’est Causeur. Après Art-Press, il y a 2 ou 3 ans. Les voici d’ailleurs devenus, à force, les 2 meilleurs mensuels français. Pourquoi la gauche a-t-elle abandonné la corrida ? Par conviction ? Non. Par opportunisme, par électoralisme. Par lâcheté. Libération a viré -sous la direction de Nicolas Demorand- Jacques Durand, l’une des figures historiques du journal et la plus belle plume taurine de France. Jacques Durand était, -et reste ailleurs- à l’art tauromachique ce qu’Antoine Blondin, René Fallet ou Louis Nucéra étaient à celui du vélo. Viré par conviction ? Non. Par opportunisme, par électoralisme. Par veulerie. Aujourd’hui les écologistes qui y étaient -naturellement- plutôt favorables, condamnent la corrida. Par conviction ? Non. Par opportunisme, par électoralisme. Par veulerie et par lâcheté. La corrida préserve une race animale unique au monde, celle des toros de combat, comme les milliers d’hectares de pâturages sauvages au milieu desquels ils peuvent naître, vivre et grandir en liberté. Avant le plus beau combat qu’un homme seul, presque nu, puisse livrer à un animal sauvage ; si beau qu’il touche à l’art. Au plus grand art. 80% de la population se déclare, paraît-il, lors de sondages, hostile à cet art et partisan de son interdiction. Que déclareraient ces mêmes signataires, si on leur demandait leur avis sur l’art du théâtre, de la musique ou de la danse, c’est à dire l’art — lourdement, forcément — subventionné ? Qu’on l’interdise ? Non. Mais qu’on leur coupe. Ces subventions. Que pensent-ils de l’amour libre, ces gens-là, ou du sort réservé aux assassins d’enfants ? Et je ne parle pas de ce qu’ils pensent de celui réservé aux réfugiés et autres sans papiers. Certes, Causeur, comme d'autres journaux de son bord, se révèle plus compréhensif avec l’art de tuer les toros qu’avec le sort de ces infortunés. Ce qui fait, d’ailleurs, qu’en dépit de l’estime -très grande - que je porte à Elizabeth Lévy et à l’admiration que son travail m’inspire, je ne pourrai jamais, à ce sujet, partager ses idées. N’empêche. Je salue son courage (imposer une telle « une » en demande) et son talent, car le dossier, comme la couverture, est d’un bout à l’autre magnifique, éclairant, passionnant, sans aucune concession qui aurait pu le rendre plus digeste aux estomacs bien pensants, ni aucune allégeance à l’air du temps. On y a même droit aux misérables et sempiternels « arguments » des anti-corridas sous la plume maladroite (Mon Dieu qu’il écrit mal !) et la pensée égarée, tout aussi opportuniste, électoraliste et compagnie de l’ineffable Michel Onfray. Véritable renégat de l’esprit des Lumières comme de l’hédonisme et de toute cette merveilleuse philosophie libertaire, antique, grecque, qu’il nous avait fait découvrir (je me revois écoutant avec passion sur France Culture ses leçons qui l’ont rendu si célèbre, tout en pédalant comme un malade sur mon VTT sur lequel je montais et dévalais mes chères collines de La Fare-les-Oliviers). Quelle ingratitude ! Que de sombrer ainsi dans une si bête, si fausse, si puritaine argumentation. Juste pour plaire, dirait-on, à quelque horrible « chroniqueur » de la sinistre émission de Cyril Hanouna ou aux fans de Brigitte Bardot. À qui, d’ailleurs, je trouve qu'il fait injure. Car s’il est un combat tout aussi noble que celui de la corrida, c’est bien le sien ; qu’elle a mené, elle, avec un courage insensé, sous les injures, les menaces et les quolibets (dont les miens, je le reconnais sans fierté) et qu’elle a continué sans jamais dévier, telle, dans l’arène, la plus élégante et la plus brave des toreras. Jusqu’à cette extraordinaire réussite que constitue, tout le monde le sait, sa fondation.

 

Pour en terminer -momentanément- avec ça, une adresse à mes camarades et compagnons de gauche, qu’ils soient socialistes (heu... ça... hum... je me demande si les seuls vrais, surtout ceux aficionados, ne sont pas tous morts ou à peu près ; en tous cas réduits au silence par leurs brillants cadets...), en tous cas communistes, trotskistes, anarchistes, voire animalistes (il en est de nobles et d’intelligents : voir L 214 qui mérite qu’on y cotise) : à quoi sert de défiler contre l’esprit de droite et d’extrême-droite quand on leur abandonne TOUT ? Comme on abandonna Jeanne d’Arc aux Le Pen jusqu’à ce que le grand philosophe marxiste Daniel Bensaïd nous la ramène par la grâce de son merveilleux Jeanne, de guerre lasse. Mais oui : tout, c’est à dire les questions de l’art, du langage, de l’écriture, de la morale, du sexe, du vivre-ensemble, du débat nécessaire. De la liberté. Tout simplement. Et bientôt, si ça continue, de la République. Même Marsault, le génial Marsault, le Reiser d’aujourd’hui, n’est pas dans Charlie. Il est dans… Causeur ! Thomas Clerc a écrit récemment un magnifique article sur la Commune de Paris dans... Libération ! Oui, oui, vous avez bien lu : Libération. Ce journal qui fut à la pointe de tous ces combats là, le journal des enfants, petits et arrière petits enfants de 1968 devenu… ce qu’il est. En tous cas sur ces sujets. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer : ce sont les hommes et les femmes qui y écrivent qui font les journaux ; plus que leurs patrons peureux et leurs lignes éditoriales… Voici ce qu’il écrit (entre autres. Allez y voir, ça vaut la peine. C’est dans le journal du 5/6 juin) : « Notre impasse politique peut être éclairée par la Commune, qui éclaire la France d’aujourd’hui : on va bientôt nous resservir le dépressif duel Macron-Le Pen, les deux politicards les plus anti-communards qui soient. Le Pen exècre la Commune, comme toute la droite, extrême ou pas, car elle est le socialisme en action (le vrai, pas celui de Hollande-le-petit). Macron, comme tous les libéraux, vrais ou faux, méprise la Commune (il s’est réclamé de Thiers) parce qu’elle est le socialisme en action. Quant à la gauche, elle se mobilise sur des thèmes passionnants comme la méchanceté de Napoléon ou les toilettes transgenres. » Voilà, tout est dit. Merci, camarade. Et merci Libé. Mais surtout, puisque tel est ici mon sujet particulier : merci Causeur ! Si chacun faisait son boulot et le faisait bien, on serait sauvé. Non ? Qui sait...
Philippe Caubère.

 

PS : Je ne peux m’empêcher de faire suivre cette information de dernier moment : Elisabeth Lévy a (pas « aurait » : j’ai la photo sous les yeux) reçu un mot anonyme ainsi libellé : À ELIZABETH LÉVY : VIVE LA CORRIDA ET VIVE LES CAMPS DE CONCENTRATION. Lors d’une émission sur ce sujet, Yannis Ezziadi, auteur de ce dossier et d’un magnifique texte à la gloire de l’art, — extraordinaire car venant d’un novice, d’un nouveau converti—s’est fait copieusement injurier par l’horrible chroniqueur sus-cité (un Gilles je ne sais pas quoi), non pas sur le thème pour lequel il était là, mais sur son apparence physique, son manque de célébrité, son genre, bref, de façon ouvertement -même si sous-entendue- homophobe et raciste (Ezziadi est tunisien). Dans cette même émission, décidément sinistrissime, quelques semaines plus tôt, une fasciste hystérique et morbide, évidemment anti-corrida, comparait en hurlant les transports d’animaux à ceux des Juifs et les abattoirs aux camps de la mort. Je croyais, moi, que de tels propos tombaient sous le coup de la loi. Parce que ça porte un nom : révisionnisme. Non seulement ça ne m’a pas semblé être le cas, mais lorsque l’infortuné Yannis a exprimé, sous les injures, son soulagement que ce ne soit pas elle qu’il ait eu à contredire, le présentateur s’est contenté de la saluer, genre : Machine, on t’embrasse…! Bon, c’est fini.

 

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