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BIENVENUE SUR LE SITE OFFICIEL DE PHILIPPE CAUBÈRE

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Petite annonce passée par Luc le Vaillant

Que Ça Fait Du bien !

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Petite annonce passée par Luc le Vaillant

« Echange tout Noël contre une seule séance de ciné

Petite annonce passée en fraude afin de troquer le réveillon des familles concédé par le pouvoir patelin contre du culturel intempestif et transgressif.

Dès le 26 décembre, des sites de revente permettront de rasséréner les mécontents et les rapiats, les gavés et les blasés. Sans attendre, j’ai décidé de refourguer le droit au Noël traditionnel qui nous a été octroyé. Castex a mis dans son offrande une malice de maquignon à lourds sabots de percheron. Il a tranché pour le commerce de proximité contre les romanos des tréteaux, pour les lieux de culte agenouillés contre le souci de ne pas finir inculte. Il a labouré la banalité du classique, certain qu’il y a plus à perdre du côté boutique qu’à gagner à fricoter avec ces funambules subventionnés et dopés aux grands idéaux qui crachent dans la sébille tendue. Eh bien, j’entends troquer cette permission de réveillon contre ces belles et folles activités culturelles qui racontent un monde plus exogame, plus au balcon et moins aux tisons et pas forcément dangereux au niveau sanitaire.

Ma petite annonce pourrait se libeller ainsi : «Echangerais famille unie contre bohémiens d’infamie». Pour autant, je ne déteste pas ce que devient la communauté initiale en 2020. Malgré le Covid qui a refermé le jeu, elle s’avère composite, marabout-de-ficelle et bricoleuse d’un relationnel reconfiguré. Les hiérarchies se carambolent et les différences se tolèrent de mieux en mieux. La parole y est relativement libre, sans exercice de droit d’aînesse et autre monopole du cœur. Festen et ses règlements de compte sont l’exception, même s’il y a parfois des soldes fin de séries. Les générations ont beau se châtaigner gentiment, boomeurs contre teufeurs, X contre Y, la solidarité est flagrante quand sonne le malheur. Le Covid en témoigne : les plus jeunes se testent en pharmacie avant d’aller visiter les anciens qui viennent à la rescousse économique de leurs descendants abattus en plein envol.

Le seul ennui, c’est que Noël est un moment de régression acceptée, sinon revendiqué. On se serre les uns contre les autres comme s’il fallait se rencogner dans le duvet du nid. On s’extasie des présents reçus dans une orgie de dons contre dons qui suinte de sollicitude fatiguée et de matérialité sublimée. On redevient moinillon dans le cloître de l’entre-soi, animal dans le cluster sentimental.Si on ne choisit pas sa famille, on choisit son spectacle. Il s’agit de faire le pas de côté qui démontre son autonomie, qui particularise son individualité. En sortant de chez soi, parfois, on réussit aussi à sortir de soi.Laissez-moi croire que mes goûts sont uniques, surtout s’ils sont iniques. Laissez-moi imaginer que mes inclinaisons libres et non faussées ne sont jamais prédéterminées par ma catégorie socio-professionnelle, mon degré d’études ou mon taux d’imposition.

Et c’est pourquoi j’échangerais volontiers la messe de minuit contre une retraite aux flambeaux avec des cracheurs de feu rougeauds et des acrobates demi-nus. Le spirituel invoqué est un rideau de fumée derrière lequel se concluent le pacte de corruption des affections et des afflictions. Le Noël français s’est déchristianisé depuis longtemps pour mieux faire fumer les cartes bancaires qui achètent à crédit des adhésions enfantines. Les grands magasins et les supermarchés ont partie liée avec l’évêché. Puisqu’il faut échanger pétrole covidé contre nourritures de l’âme, je tranche pour l’art, pour tout ce qui est un peu cochon et qui pourrait perturber la bonne marche des traditions qui se diffusent désormais sur les plateformes comme qui rigole. Aux vierges à l’enfant et aux nativités des cryptes, je préfère Gauguin, Balthus, Schiele et autres émoustilleurs de censeurs. Il s’agit de résister à la sensibilité offensée des relecteurs de scénarios, payés depuis peu pour éviter de choquer les plus susceptibles ou de causer bobos aux plus plaintifs. Il s’agit d’échapper au biopouvoir émergent des sexo-coachs de plateau, chaperons chargés de régenter les bisouillages entre acteurs. Avant qu’ils ne tirent leur révérence, il s’agit de se retrouver en la bonne compagnie de ces mauvais coucheurs que sont Godard, Woody Allen et même Polanski, dans les lieux qui les ont vus naître, les salles d’art et essai et les cinés de quartier.

Au sapin boulant et au chapon sans faim, aux intérieurs fait à cœur et tricotés main, je préfère les théâtres italiens des Grands Boulevards et les Zénith noircis des bordures, les squats d’artistes déglingués et les lieux éphémères échafaudés sur les chemins de fer de ceinture désaffectés. Je veux pouvoir rêver d’escaliers d’honneur et de coulisses complices, de chapiteaux dans la nuit et de sorties des artistes. Je veux continuer à fredonner avec Aznavour : «Viens voir les comédiens /voir les musiciens /voir les magiciens.»A se jeter au dehors, il a toujours un espoir de transgression au risque de la déception, un pacte avec le diable avant cambriolage d’émotions. »